mercredi 30 septembre 2009

Ahcène Mariche, poète à Algérie news

ALGERIE NEWS Mercredi 30 septembre 2009

Ahcène Mariche, poète à Algérie news

«Ma poésie est traduite
dans dix langues»

Ahcène Mariche est un poéte
d’expression bérbère. âgé de 42 ans
et natif de Tala Toulmouts, commune de
Tizi Rached, région du grand barde Si
Mohand ou M’hand, il est aussi
professeur de physique au collège
Metrek Aomar dans ladite commune
depuis 1988. Il est aussi attiré par
d’autres passions dans sa vie telles que
la photographie, la caméra
et le tourisme.
Algérie News : Qu’est-ce qui vous a montré
la voie de la poésie.Certains disent que votre
frère Saïd y est pour beaucoup. Est-ce vrai ?
Ahcéne Mariche : La voie de la poésie, je l’ai
découverte par ma mère avant tout, car elle
aussi adore tout ce qui est art et culture, elle
m’a toujours abordé dans mon enfance par
les icewwiqen et de poésies diverses, elle est
une bibliothèque ambulante. Elle a toujours
adoré la radio Chaîne 2 et ça m’a permis de
bien tendre l’oreille et de m’inscrire à l’école
kabyle sur les ondes de la radio, tout ça m’a
beaucoup forgé au point d’en faire mon
monde.D’ailleurs très jeune, j’ai visité les studios
de cette radio et j’ai fait partie du célèbre
groupe Tilleli des années 1980 comme j’ai
connu plusieurs de ses animateurs. Le grand
mérite revient à mon grand-père maternel Ali
n’ Saïd, car j’ai hérité ce don de poésie de lui.
Il était un grand poète. Tous les autres m’ont
aidé à réveiller le don qui dormait en moi
jusqu’en mars 1984 date à laquelle j’ai écrit
mon premier poème au lycée de Larbaâ Nath
Irathène.
Comment voyez-vous la poésie berbère. Estce
que tout est question de moyens, où y a-til
d’autres facteurs déterminants à son épanouissement
?
La poésie berbère est en pleins ascension et
épanouissement, elle se fait les ailes dont elle
a besoin à chaque jour grâce à la nouvelle
génération de poètes qui lui apportent un
plus grâce à leurs bagages intellectuels,
regards, approches et nouvelles idées. Pour
l’épanouissement de la poésie berbère, les
moyens sont très importants, c’est le nerf de
la guerre comme on dit. Il faut aussi lui donner
plus d’espace dans la vie et beaucoup
d’importance. Il faut l’enseigner sérieusement.
On dit bien «d nettat i d ccbaha n
wawal» «ssegs id nettagem ayen akk nebgha
ad nzer». La poésie berbère est ce qu’est la
bibliothèque pour les pays civilisés. Il faut utiliser
aussi les moyens modernes pour son
épanouissement, l’audio, la vidéo,
l’Internet…
Vous aviez jusque-là édité sept recueils de
poésie, quelles sont les thématiques abordées
?
Oui j’ai édité jusque-là 7 recueils : 3 en
kabyle traduits en français, deux en anglais et
deux en kabyle. En plus, j’ai ajouté un CD et
une K7 de ma poésie en audio avec de la
musique et c’est mon deuxième recueil
Taazzult-iw que j’ai conçu en musique au
bonheur des gens qui ne savent pas lire et qui
aiment la poésie habillée d’une belle musique.
Quant aux thèmes abordés, il y a une vraie
nuée: l’amour, la femme, la santé, les rêves, la
jalousie, l’ingratitude, la négligence, l’hommage
au père, l’inspiration, les filles de mon
pays, les traditions et us et coutumes, l’éducation,
la nature, l’environnement, l’invasion
culturelle et ses méfaits, la jeunesse, la vérité,
la paix, le miroir… Mon poème le plus populaire
est Sidi Valentin «Saint Valentin», je l’ai
édité aux USA en 2005 en kabyle et en anglais,
aujourd’hui il est traduit en 10 langues et sera
chanté bientôt par Idir Bellali.
Pouvez-vous nous donner quelques extraits
de poèmes ?
Oui avec plaisir :
Mi ixleq Rebbi laabd-is Yezra amek iatixleq
Sin imezzagh d lheqq-is Ma d imi yiwen
is-ilaq Deg waya yefra ccghel-is Amdan ilaq
ad ifaq.
En français
Dieu, en façonnant sa créature, a bien su
prendre ses dispositions. Il l’a dotée de deux
oreilles à sa mesure Et d’une seule bouche
nécessairement. C’est ainsi qu’il a clôturé sa
procédure, L’homme doit donc saisir sa raison.
2/Wistehzan di twennat Deg negh akk i
istehza
Ayamdan ma taundet Dtasraft iyi man
negh neghza Iyaw ad nefress yal tamat Wad
nilit d imenza
En français
Qui se «moque» de l’environnement se
moque de notre propre vie, si nous imitons
ces ignobles gens, nous nous jetons dans un
puits. Retroussons nos manches dès maintenant
et donnons l’exemple à autrui.
Comment faites-vous pour le financement
de vos livres ?
Pour le financement de mes livres, c’est un
vrai sacrifice, j’ai édité mes livres à compte
d’auteur. J’ai serré la ceinture, j’ai pris mes
petites économies et j’ai édité mon premier
recueil idh yukin «Les nuits volubiles» puis ont
suivi les autres recueils de la même manière.
Après la vente de mes livres, j’enclenche
l’argent récupéré dans le suivant et c’est
comme ça que j’ai édité mes recueils lors de
ces quatre années d’existence sur la scène
livresque.
Comme mes livres sont bien appréciés par
les lecteurs, ils se vendent bien et cela m’a aidé
et m’a donné le courage d’aller de l’avant. Je
suis sollicité par plusieurs associations pour
des récitals poétiques suivis par des ventes
dédicaces et cela m’a permis de vendre mes
livres un peu partout en Kabylie et ailleurs.
Est-ce que vous êtes sollicité pour participer
aux activités du Haut commissariat à l’amazighité
?
Oui j’ai toujours été sollicité par le HCA à
ses activités : salons du livre, soirées littéraires
amazigh, journées d’études et autres. Comme
aussi on m’a déjà publié 6 poèmes dans la
publication collective «tibhirt n yimedyazen»
en 2005.
En ce moment je publie dans les numéro
de la revue «tamazight tura» à chaque fois
quelques poèmes ou contes. Je les remercie
au passage, c’est une équipe que j’adore.
Quels sont les poètes desquels vous vous
inspirez ?
Les poètes qui m’ont toujours inspiré
sont nombreux mais je citerai : Lounis Aït
Menguellet, Slimane Azem, Si Mohand ou
M’hand, Si Mohand ou Lhoucine…
En français : Jules Antoine, Brel, Victor
Hugo, Lamartine.
En anglais : Shakespeare
En arabe : Ben Guitoune, Mahmoud
Derouiche, Nezar Kebani….
Je tiens à signaler que je suis moi-même
un écrivant puisque j’ai mes propres regards,
visions, approches et analyses.
Avez-vous des projets à nous annoncer ?
Effectivement, j’ai plusieurs choses à annoncer
: En premier, mon recueil de poésie
Taazzult-iw «Confidences et mémoires» qui va
sortir en France chez la maison d’édition
Sefraber en octobre prochain.
Mon recueil “Contusions” va sortir aussi en
octobre 2009 chez la maison d’édition
Edilivre en France.
La traduction en arabe de mon recueil
Taazzult-iw est achevée par Abdelkader Abdi
et sera sur le marché dans quelques mois. Je
m’apprête aussi à entrer au studio pour
enregistrer un autre CD de ma poésie en
musique.
Un denier mot ?
Merci infiniment de m’avoir ouvert vos
colonnes pour m’exprimer sur ma vie et
mon oeuvre. Un vrai coucou pour mes lecteurs
et fans. Bravo pour tout ce que vous
faites dans ce monde du journalisme.

Entretien réalisé par
Arezki Louni

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